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Titre du blog : De nos grandioses métamorphoses
Auteur : grandioses-metamorphoses
Date de création : 22-11-2009
 
posté le 13-12-2009 à 10:53:38

Chapitre IV


Les âmes se pèsent dans le silence, comme l'or et l'argent se pèsent dans l'eau pure, et les paroles que nous prononçons n'ont de sens que grâce au silence où elles baignent.  

Maurice Maeterlinck

 

La salle de réception était somptueuse. De majestueux lustres en cristal ornaient les rosaces des plafonds.

La salle à manger  était entièrement décorée dans les tons crème, les tables étaient drapées de tissus soyeux, retombant en des plis parfaits.

Des bougies trônaient un peu partout rendant l’atmosphère conviviale et chaleureuse.

Une dizaine de serveurs déambulaient leurs plateaux à la main, proposant mignardises et coupes de champagnes à chacun des invités.

Maggie me présenta à ses parents, des gens charmants. Au premier coup d’œil je remarquai combien la ressemblance entre mon amie et son père était frappante. Inutile de chercher plus loin de qui elle tenait son regard de jade et son sourire gracieux.

Comme elle l’avait prévu, ma présence contraria les plans de son père, qui ne fit aucune tentative afin de lui trouver un chevalier servant dans l’instant.

Un orchestre jouait une symphonie magnifique, je reconnus l’air mais ma culture en musique classique étant inexistante, je ne pus dire de quelle mélodie il s’agissait exactement.

Alors que nous nous asseyions à notre table, je m’apprêtais à demander à Maggie si elle savait de quelle composition il était question.

Et soudain, comme dans un rêve, je l’aperçus.

Il se tenait au fond de la salle avec quelques autres individus, debout, face à moi, visiblement il m’observait.

Le voir à nouveau déclencha quelque chose d’étrange en moi.

C’était ridicule. J’étais ridicule. De la façon la plus détendue qu’il soit, j’aurais du aller vers lui puis le saluer. C’était une règle élémentaire lorsque l’on reconnaît quelqu’un se trouvant dans la même pièce que soi. Cela devenait même le B.A BA de la bienséance lorsque ce quelqu’un vous avait sauvé la mise, pour ne pas dire la vie, la veille.

« Bouge toi Logan », « conduits toi un peu normalement pour une fois », m’intimai je. Mais rien à faire, j’en étais totalement incapable.

Je n’avais aucune raison d’être gênée et de me la jouer effarouchée. Mais plus je me sermonnais plus je reculais. J’en arrivais donc au point de non retour, impossible d’amorcer le moindre geste en sa direction ni même de lui jeter un bref coup d’œil.

Ma curiosité me travaillait toutefois bien plus que ce que je ne l’aurais pensé.

Depuis combien de temps avait il remarqué que j’étais là ? M’avait-il immédiatement reconnu ?

- Logan, tu as vu un fantôme ma chérie ? Me questionna Maggie, me sortant tout net de mes rêveries.

- Il est là, murmurai-je tout bas sur un ton catastrophé.

- Qui ? Qui ça ? Insista t elle en se tournant de tous les côtés pour balayer la salle du regard.

- Lui. Il est là, là bas, faillis-je m’étouffer en baissant les yeux.

- Qui ? Zorro ? Ton Zorro ?

Je hochai la tête la priant par la même occasion d’être discrète. Mais elle ne résista pas à la curiosité qui la tenaillait et continua de le chercher parmi la foule de gens autour de nous. Dans la salle immense, environ deux cent personnes se tenaient droites, pour certaines assises, mais elle n’eut pas de mal à le repérer.

- Ca y est je le vois, me murmura t’elle sans doute pour se donner une attitude plus pondérée.

Elle avait beau chuchoter, s’il n’avait pas remarqué le manège, c’est qu’il était aveugle.

Je me mis à frotter nerveusement mes mains moites et encombrantes et relevai la tête machinalement comme soumise à une force extérieure.

Il était encore plus beau que la veille.

- Mon dieu… dis-je à voix haute, il est encore plus beau qu’hier.

A l’avoir pensé si fort je l’avais dit tout haut.

- Oh ! Mais il faut que j’aille l’embrasser pour t’avoir sauvée !

- Si tu bouges Maggie, je te tue, je te pends par les pieds et je te tue de mes mains, la menaçai je sans ménagement.

- Ok, répondit-elle résignée. Mais laisse-moi te faire remarquer qu’il ne te quitte pas des yeux.

Elle ricana comme une enfant.

Je n’osais plus le regarder.

- J’ai besoin d’un verre, déclarai-je les yeux vissés à mes chaussures rutilantes.

- Je vais trouver un serveur, que désires-tu ?

- N’importe quoi pourvu que ce soit alcoolisé, répondis je en m’asseyant.

Alors qu’elle partait à la recherche de mon remontant, j’entrepris de compter les couverts disposés sur la table. « un, deux, ..trois ».

Impossible de maîtriser ma nervosité. Je ne savais déjà plus où j’en étais dans mon compte. Je m’apprêtai à recommencer mon recensement quand une main se posa sur mon épaule et faillit m’arracher un cri.

Je me tournai et vis un visage inconnu m’afficher un sourire vendeur. Il étala devant moi ses dents parfaites, d’un blanc éclatant, pour m’inviter à danser d’une voix mielleuse.

Apparemment mauvais vendeur, je refusai poliment son invitation prétextant attendre mon amie.

Alors que l’homme au sourire ultrabright s’éloignait, je levai la tête sans trop réfléchir.

Il était planté au même endroit, ses yeux bleus m’étudiaient.

J’eus l’impression qu’ils me transperçaient.

Comme la veille j’eus la sensation que le cours du temps s’arrêtait, que les gens et le décor autour se figeaient, que seuls lui et moi étions réels.

Je tentaide me ressaisir, de récupérer mon regard afin de le porter ailleurs ou sur quelqu’un d’autre.

Maggie arriva la démarche chaloupante deux verres de Margarita à la main, ma main droite en saisit un aussitôt.

Quelques secondes plus tôt alors que je rassemblais mes forces pour détourner mes yeux des siens, j’aurais juré que tout en me fixant, il avait ri.

- Alors ça va mieux ?

- Oui çavasuperbien, persiflai je ironique. Voilà c’est fait, je viens de me ridiculiser comme jamais. Une vraie potiche.

Je vais faire comme s’il n’existait pas, je vais l’ignorer totalement et peut être que d’ici une cinquantaine d’années, j’aurais moins honte, dis je en gémissant.

- Mais pourquoi dis tu cela ma chérie ?

- Pourquoi ? Tu ne vois donc pas cet air de godiche que j’affiche dès que je le regarde ? Je crois même qu’il vient de se moquer de moi… me lamentais je misérablement.

Alors que les invités prenaient place pour dîner, assise bien solidement sur ma chaise, j’avais englouti trois verres de Margarita.

Maggie, installée à mes côtés, n’avait eu de cesse de glousser en me voyant si agitée.

Le repas était divin, très fin. Je ne parvenais cependant pas à l’apprécier comme je l’aurais du. Je mastiquais chacun des aliments que je portais à ma bouche et l’avalais tout rond.

Quand Maggie m’apprit que son père allait payer 250 dollars pour chacune de nous deux, prise de culpabilité, je décidai de finir mon assiette coûte que coûte malgré le nœud qui me comprimait l’estomac.

Cinq minutes plus tard, non sans mal, j’étais délivrée de mes obligations.

- Sais tu où il est ? Je ne le vois plus, murmurai je à l’intention de Maggie qui,  elle se délectait des mets garnissant son assiette.

Elle porta sa fourchette à sa bouche affichant une moue plus que satisfaite.

- C’est normal, pouffa t-elle, tu as le nez dans ton plat depuis tout à l'heure. Je te vois tu sais, déployer des moyens surhumains pour ne plus le regarder. En revanche, lui ne se prive pas d'admirer ce qu'il a sous le nez.

Sur ce, elle pouffa de plus belle alors que sa remarque manqua de me faire étouffer.

Au même moment, l’homme aux dents plus blanches que blanches qui n’en avait pas raté une miette et qui avait  constaté que j’en avais fini avec mon repas, revint à la charge,  se posta sur le coté droit de ma chaise et avec le même sourire béat fixé à ses lèvres, me susurra à l’oreille « votre amie est de retour à présent, allons danser ». 

Son souffle contre mon cou me hérissa, pourtant je me levai laissant ma serviette près de mon assiette et le suivi sans un mot.

Deux danses plus tard, je n’arrivais plus à m’en dépêtrer. J’avais beau gigoter, lui envoyer des signaux plus que suggestifs, il refusait de desserrer son étreinte. Le balourd. M’en remettant au Dieu de la délivrance, je récitais dans ma tête toutes les prières que je connaissais pour que la musique finisse par cesser.

Mais cette saleté d’orchestre n’entendait point mes supplications et continuait de jouer tandis que mon cavalier commençait à avoir les mains bien trop entreprenantes à mon goût. Devant l’urgence de la situation, je prétextai soudain ne pas me sentir bien.

Mon excuse était calamiteuse mais ce fut la seule qui me vint pour me permettre de m'enfuir des bras de cet homme. Calamiteuse ou pas, elle sembla fonctionner puisque je le sentis lâcher prise, aussitôt j’en profitai pour me dérober de façon théâtrale, la main sur le front en feignant le malaise.

La grande salle disposait de magnifiques baies vitrées en demi-cercle, à la hâte, j’en ouvris un battant pour rejoindre la terrasse.

La bise battit mon visage et me vola un frisson. Il faisait froid mais peu importait si c’était le prix à payer pour être enfin tranquille. J’étais seule.

Et puis j’entendis des pas derrière moi. Comme j’y prêtai attention,  ils stoppèrent leur mouvement.

Tout en inclinant ma tête vers le sol, je poussai un soupir d’exaspération à la seule idée que Monsieur Sourire Parfait faisait sa réapparition.

Dans un souffle je l’entendis me dire :

- Tu avais besoin d’air frais ou juste de solitude ?

Sa voix familière me revint.

Je fermai alors les yeux comme si je voulais retenir un rêve encore un instant. Malgré ma gêne inexpliquée et ma gaucherie, j’avais souhaité qu’il vienne. Et il se tenait là.

Il avait du faire un pas parce que je le sentis soudain plus près, juste dans mon dos.

Refusant d’ouvrir les yeux pour autant, je le retins ainsi encore un peu en serrant fermement mes paupières.

Un courant d’air froid balaya mes cheveux et je me rendis compte que mes joues qui auraient du être gelées se réchauffaient miraculeusement.

Mon regard finit par s’éveiller à nouveau. Le charme ne fut pas rompu, il se trouvait encore derrière moi.

- Des deux je pense, dis je en brisant le silence.

Je le sentis se raidir légèrement.

- Mais votre présence ne me dérange pas, ajoutai-je presque malgré moi.

Puis, ramenant à moi le peu de courage qu’il me restait et parce que l’envie de voir de près son visage était la plus forte, je finis par me tourner.

J’aurais pu m’embroncher à mes propres chaussures Gucci tellement ce simple geste me coûtait.

Il était face à moi à présent et tout ce que je voulais se résumait dans le simple geste d’avancer une main, juste pour vérifier s’il était bien réel. Bien entendu, je n’en fis rien.

Je levai alors mes yeux vers lui. Son regard éclatant me saisit.

La veille, je n’avais point rêvé ses yeux, non ils étaient là ce soir, rivés aux miens et je les reconnaissais.

Alors que je m’attardais, les détaillants dans les moindres détails, je pris conscience que de son côté, il faisait exactement la même chose. Je tentai vainement de refouler la vague d’émotions qui me submergeait en me détournant légèrement.

Ce geste ne m’éloigna pas de lui physiquement, il m’aida juste sur l’instant à lutter contre la complexité de mes sentiments.

Comparable à une réponse au mouvement que je venais d’exécuter, il sembla alors légèrement avancer son visage vers le mien alors que la fine lumière offerte par la lune pleine irradiait sa chevelure.

Ses cheveux cuivrés indisciplinés étaient un mélange de miel et d’or. Je ne pus détourner la tête à nouveau pour m’en détacher.

S’il s’était approché un peu plus près, s’il avait collé davantage son visage au mien, j’aurais pu penser qu’il voulait m’embrasser. Mais la distance entre nous ne me permis de nourrir aucune fausse idée.

Nous restâmes ainsi un moment, en oubliant nos voix, partageant cette situation étonnante et déconcertante générée par nos propres silences.

Il ne paraissait pas autant gêné que moi de se retrouver là ainsi, ensemble, à partager un bout de terrasse sans même que l’on ne s’adresse un mot. Il ne semblait pas désireux de parler à tout prix pour combler un silence qui se démenait pour s’imposer alors qu’il y parvenait sans forcer.

Je décidai pourtant d’y mettre un terme.

- Il serait ....Il serait temps, me repris-je,  de répondre à la question que je vous ai posée hier soir.

- Laquelle ?

- Je crois ne vous en avoir posé qu’une seule, comment connaissez-vous mon nom ?

Je remarquai qu’il enfonçait davantage ses mains dans les poches de sa veste, secouant doucement sa tête de gauche à droite en guise de réponse.

- Visiblement, vous ne me répondrez pas, lui dis-je avec fatalité. Tant pis. Je n’insisterai pas en gage de reconnaissance pour ce que vous avez fait pour moi.

- Alors comme ça, nous serons quittes, répondit il calmement.

Sa réflexion me fit instantanément sourire, ce qu’il ne manqua point de remarquer car soudain il m’apparut moins crispé.

Effectivement, je vis les muscles de son corps légèrement se relâcher et il s’avança alors encore un peu.

Je grelottai.

D’un geste souple, il ôta sa veste pour me la tendre immédiatement.

Je déglutis péniblement en tentant de maîtriser les tremblements incontrôlés de mon corps tout en prenant délicatement la veste de smoking qu’il m’offrait.

Quand je m'en emparai, je fis très attention à ne pas le toucher mais d’un geste imperceptible il laissa filer sa main plus longtemps que de nécessaire sur le morceau de tissus et effleura la mienne.

Il la frôla à peine et j’enfilai aussitôt son vêtement trop grand pour moi.

Son parfum caressa mes narines, je le respirai à fond pour m’en imprégner pendant qu’il s’approchait des balustrades en fixant l’horizon.

Je le regardai à la dérobée, confuse de ne parvenir à ôter mes yeux de lui. Je le regardai comme l’on regarde un objet précieux et rare que l’on voit pour la première fois en ayant conscience que l’on peut se le faire ravir et ne plus jamais avoir la chance de le revoir.

Puis, il se planta devant le garde corps, sa vue toujours clouée au plus loin de son champ de vision, ma présence sembla lui échapper.

Le vent gelé s’engouffrait dans les manches de sa chemise blanche remontées au milieu de ses avants bras, faisant gonfler le fin tissu du vêtement tout entier. Mais il ne réagissait pas. Pas le moindre geste. Pas le moindre frisson.

- Je vais vous laisser, dis je. Merci pour la veste, tenez la voici, je vous la rends. A l’intérieur elle ne me sera plus utile.

Je l’ôtai à contre cœur, en constatant que mes paroles l’avait sorti de sa torpeur et qu’il approchait déjà vers moi.

Il s’accrocha à la veste que je lui présentai d’une main mal assurée.

- J’ai l’impression que je passe mon temps à vous remercier, plaisantai je en bafouillant. Je ne connais même pas votre nom. Vous connaissez le mien, ce n’est pas juste.

Il émit un son qui semblait être un léger rire, me fixa un instant, réfléchissant sans doute à la réponse qu’il allait me donner et murmura :

- Tu as raison, j’ai deux avantages sur toi : Le premier, je connais ton nom. Le second : nous ne sommes plus à égalité, je viens de te permettre de ne pas mourir de froid alors que tu tentais une nouvelle fois d’échapper à un homme.

J’ai le sentiment moi, que je passe ma vie à te sauver d’hommes mal intentionnés…

Ses dernières paroles le conduisirent à rire doucement.

Son rire était chantant, mélodieux.

Je me permis de le fixer quelques secondes sans me détourner. Il avait le regard amusé d’un enfant.

- Très bien, admis-je. Il semblerait effectivement que ces derniers jours vous m’ayez été utile. Mais je vous rassure en règle générale je m’en sors très bien seule. Que puis-je faire pour rembourser ma dette ? Que voulez vous ?

Il ne réfléchit pas à la réponse qu’il allait formulée comme s’il la connaissait déjà. Il répondit immédiatement en ne faisant montre d’aucune hésitation.

- Tout.

A ce moment là mon cœur cessa de battre.

Je le regardai ahurie, il était redevenu sérieux.

Pendant quelques secondes je restai là pantoise, les bras ballants, l’unique mot qu’il venait de prononcer raisonnant dans ma tête.

- Je n’ai pas grand-chose à donner, bredouillai-je enfin.

Il bougea, et alors qu’il allait me dépasser un chuchotement me parvint.

- Je suis certain du contraire.

Je l’entendis tirer la porte et regagner l’intérieur.

Il me laissa là, dans la nuit, les joues brûlantes. L’envie de l’appeler pour qu’il revienne arriva aussitôt, brutale comme une rafale de vent. Inexplicable et insolite. Forte. Immense. Et cette envie me terrifia. Mais pour la première fois je laissai ma peur se déchainer sans lui accorder la moindre importance.

 

Commentaires

Sendreen le 26-02-2010 à 18:10:20
Un vrai gentleman cet homme, toujours prêt pour porter secours. Très beau chapitre, ça promet.
elwin le 02-02-2010 à 10:55:02
Magnifique comme le reste ma chérie !

Mais que va t'il se passer entre ces 2 là ?

L'avenir nous le dira...
angelsonrisa le 18-12-2009 à 18:58:59
Magnifique une fois de plus. J'ai tellement Hate de lire la suite...